Jeanne Morel

L'art comme un chemin de vie

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Cet article fut rédigé pour le magazine de Pays de Montbéliard Agglomération, « Puissance 29 ». Une belle rencontre avec une personnalité singulière et attachante.

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Elle a grandi à Montbéliard. Elle avait dans le cœur le genre de rêve qu’on abandonne généralement au sortir de l’adolescence. Jeanne, elle, a choisi de poursuivre son rêve. Elle l’a réalisé à Barcelone. Mais la jeune comédienne et danseuse revient souvent aux sources, dans la ville de son enfance.

 Elle est en avance au rendez-vous. C’est elle qui a choisi le Chat Toqué, dans la rue Cuvier. « C’est un endroit original », dit-elle. « Et puis, quand je reviens, j’aime bien retrouver la rue piétonne. Ça me fait du bien ». La mère de Jeanne vit justement à quelques pas, près des Halles. Son père vit à Valentigney. Elle revient pour eux, ils sont importants dans sa vie, comme ils l’ont été dans son éveil à la création - elle le répétera souvent. Hier, elle était à Genève où elle a dansé avec la compagnie Rochat. Dans deux jours elle sera à Lyon pour la préparation d’une pièce de théâtre de Rodrigo Garcia. Ensuite elle rentre chez elle pour d’autres projets, de cinéma cette fois-ci.

Chez elle, c’est Barcelone. Elle aime l’Espagne, la chaleur des échanges, les voix qui portent et les corps qui parlent, dit-elle. Ça lui ressemble. Elle y vit depuis cinq ans. Elle partage la vie du sculpteur Carles Piera. Avec d’autres artistes, ils louent un immense atelier de 1000 m2. Les collaborations s’enchaînent. Jeanne danse sous la direction de jeunes créateurs, elle créé elle-même, elle joue sur scène, elle joue devant la caméra. Elle explore. Pour l’instant il n’est pas question de choisir ; chaque discipline enrichit les autres. Cette vie lui plaît, même avec sa part d’incertitudes et de doutes. C’est la vie qu’elle voulait.

 Quand on lui demande d’où est venue cette envie, Jeanne reste silencieuse un long moment. « Je crois que c’est le jardin de la maison, quand j’étais petite. J’y passais des heures, je jouais seule, j’y créais des mondes à moi. Je me souviens aussi d’une fois où ma mère m’a emmenée au musée Beyeler, à Bale. J’avais six ans. Je me suis perdue dans les salles et curieusement, je me sentais parfaitement bien. J’étais à ma place. » Elle parle aussi des émotions que lui procurait la montagne où l’emmenait son père. La majesté des paysages, le défi des sommets à gravir. Et puis l’émerveillement devant son premier spectacle du Cirque Plume. L’énergie, l’imagination, la poésie… elle veut faire partie de cet univers-là. Le Cirque Plume a son école, Passe-Muraille. Elle en suivra les stages pendant dix années, en plus de ses cours de danse. Pendant ce temps à l’école, au collège, au lycée (Cuvier), tout va bien, mais cette voie scolaire ne mène pas où Jeanne veut vraiment aller. À 18 ans, elle quitte la Fac de Lettres comme on saute d’un train. L’appel du large. Les proches s’inquiètent mais Jeanne sait ce qu’elle veut. Ce sera Lyon, le Conservatoire, la danse, le théâtre, l’Histoire de l’Art (elle obtient sa License). Deux années de rencontres, de découvertes, de maturation. À 20 ans, elle part pour Barcelone, la ville de tous les possibles. Dans les films et les clips que l’on peut voir sur son site et son FaceBook, elle parle espagnol comme une native. Jeanne aime apprendre, travailler, repousser ses limites. La lumière qu’elle recherche est une lumière intérieure. Bientôt elle ira à San Francisco pour perfectionner son art du jeu par la méthode Meisner que connaissent bien les acteurs. Pour l’heure elle attends le verdict de Cannes pour la sélection d’un moyen métrage, réalisé par Andres Bartos et dont elle est le personnage central. Buena suerte, Jeanne (bonne chance).

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